La Revue Française de Psychanalyse

Se retrouver.
Rencontres avec…

Se retrouver.
Rencontres avec…

On s’est connu, on s’est reconnu
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu de vue
On s’est retrouvé, on s’est séparé
Puis on s’est réchauffé.

Le tourbillon, chanté par Jeanne. Moreau, paroles de Serge Rezvani.

Catherine Chabert — PUF, Paris, 2023

Se retrouver reprend les contributions d’un colloque tenu en 2021 autour des travaux de Catherine Chabert. L’ouvrage nous fait participer à ces retrouvailles et au goût du débat qui les anime. « Se retrouver » soi-même, « se retrouver » l’un l’autre, en dépit des différences ou grâce à elles : les retrouvailles engagent la possibilité d’être deux toujours articulée à l’unité narcissique et au trio œdipien. Pour se retrouver, encore faut-il supporter de se perdre. Cette possibilité est au cœur du livre.

Le livre comporte quatre parties, précédées d’introductions concises permettant de ressaisir les enjeux centraux du travail de Catherine Chabert ; leur clarté permet d’en envisager une lecture séparée comme introduction à son œuvre. Elles engagent à la (re)lire et à retrouver sa façon d’articuler théorie et clinique. Chaque chapitre invite des auteurs très divers à débattre d’un thème qui lui est cher et Catherine Chabert le conclut par une discussion fouillée. Ces développements donnent à l’ouvrage un fil rouge et font vivre le débat autour de l’intrication des enjeux narcissique et œdipien, la séparation, la douleur, la pulsion de mort, le transfert et l’écriture.

La première partie, « Incertitudes d’Œdipe », introduite par Françoise Neau et Aline Cohen de Lara, contient les contributions de Vincent Vivès et Paul Denis ; la deuxième, « L’un et l’autre », introduite par Catherine Matha et Benoît Verdon, reprend celles de Leopoldo Bleger, Évelyne Chauvet et Bernard de La Gorce. Le chapitre « Meurtre, mort et pulsion de mort », introduit par Françoise Neau et Aline Cohen de Lara, invite Jacques André, Sylvain Missonnier et Laurence Kahn, et « Aimer la psychanalyse », introduit par Françoise Neau et Estelle Louët, contient les textes de Jean-François Chiantaretto et André Beetschen. L’ensemble s’achève par un poème de Patrick Autréaux. Ces contributions seront citées sous la forme (nom d’auteur SR, numéro de page).

L’impossibilité de rendre justice à ces contributions me pousse à choisir quelques points qui traversent ces rencontres.

Narcisse et Œdipe

La différence

Catherine Chabert affirme la « consubstancialité de la sexualité et de la perte, de l’angoisse de castration et de l’angoisse de perte d’amour de la part de l’objet » rendant impossible d’isoler le motif narcissique de l’idéalisation-déception-perte de la reconnaissance de la différence des sexes. Elle dégage une version du fantasme de séduction « féminin mélancolique » (Chabert, 2003) marqué par l’impossibilité à « renoncer aux premiers objets d’amour et de haine », l’identification à l’objet d’amour perdu, la conviction d’exciter le père et une culpabilité massive (Neau et Cohen de Lara SR, p. 17). Le surmoi est tyrannique et la menace prend la forme de l’enfant mort, figure de la perte absolue, version mélancolique du fantasme masochique « un enfant est battu ».

Le lien entre la pulsion, le moi et l’objet se pose de façon aigüe à la charnière des théories de Winnicott et de Freud ; Leopoldo Bleger y consacre un texte qui tisse les fils de la notion de soi et de la douleur. Catherine Chabert récuse une conception développementale du soi représentant un narcissisme non libidinal qui précéderait la conflictualité alors que le moi serait construit en identification aux objets perdus : « Comment séparer investissements narcissiques et investissements objectaux? » (Chabert SR, p. 130). L’espace transitionnel et la crainte de l’effondrement de Winnicott sont pertinents pour elle à condition d’associer l’événement non reconnu et l’espace intermédiaire à la scène primitive. Sylvain Missonnier voit de même le fantasme infanticide comme envers de la confusion mère/bébé de la préoccupation maternelle primaire. Catherine Chabert insiste sur le caractère toujours sexuel de l’infantile, qui ne peut se tenir dans l’indifférenciation, et « affronte inévitablement la différence des sexes et des générations ». La différence des sexes est « le paradigme de la différence » (Chabert, SR, p. 141) – ce qui ancre la différence dans le corps. Elle évoque moins souvent la différence des générations, mais précise qu’il s’agit de cures d’adultes ; la différence des générations est-elle paradigmatique dans les cures d’enfants et d’adolescents ? On ne peut envisager d’état narcissique antérieur au conflit, ce que montre le mythe de Pandore travaillé par Bernard de La Gorce autour du thème de l’indifférence (des sexes, des affects, de l’analyste) : Pandore, la première femme, pourrait semer le trouble de la différence des sexes, mais elle est conforme à un idéal et ne peut donc incarner une vraie différence ; Catherine Chabert souligne qu’elle n’amène pas le conflit, mais est née d’un conflit inaugural, de même que l’analyste ne sème pas le trouble dans un monde paradisiaque, le conflit lui préexiste. Quel est le risque d’une analyse « à la Pandore », séduisante et empathique, mais réduite à une surface privée de contenu pulsionnel ?

Catherine Chabert montre la fécondité d’interroger les multiples implications de la différence des sexes et du narcissisme : l’analogue féminin du désir de sauver la femme de petite vertu, la castration féminine, la spécificité masculine de l’angoisse de castration, l’universalité de l’angoisse de perte d’amour, l’impact de l’enfant mort sur le féminin mélancolique du père. Paul Denis reprend les méandres du complexe d’Œdipe et le clivage des figures de la mère et de la prostituée comme effet sur les hommes du féminin mélancolique et du féminin maniaque, tous deux à la fois excitants et inhibants, l’un par la culpabilité et le désir de la soulager, l’autre, par l’excitation insatiable. Il propose que l’angoisse de castration du garçon ne serait pas suscitée par la vue de l’absence de pénis de la fille, mais par « la perception […] de la culpabilité maternelle, du féminin mélancolique chez la mère » (Denis SR, p. 54).

Même la mort se noue aux différences entre sexes, générations, réalité et fantasme, conscient et inconscient. Catherine Chabert souligne le poids de la réalité : « de l’expérience du deuil, peut-on dire qu’elle n’est qu’une séparation ? » (Chabert SR, p. 139) et ajoute l’identification au mort comme indissociable du deuil. Jacques André et Sylvain Missonnier déplient cliniquement l’impact des différences : « La mort d’un père présente le meurtre, la mort d’une mère présente la mort » (André SR, p 167) ; La réalité du pouvoir d’une mère sur son bébé déborde le refoulement d’un fantasme infanticide ; pour un enfant de remplacement, le mort désigne la mélancolie parentale et le déploiement de fantasmes meurtriers inconscients peut traiter la rivalité et engager un mouvement vers le sexuel : « derrière le mort, le tué » (André SR, p. 160). L’enfant mort, comme fantasme, se situe pour Catherine Chabert à la croisée de l’inceste, du meurtre, de la passivité, du besoin de punition, de l’idéal perdu, de la castration féminine, du traitement de la perte, du sexuel et ses déformations manifestent l’enchevêtrement des pulsions.

La déception

La déception, indissociable de l’idéalisation, peut entraîner un retournement narcissique sur un moi déçu et décevant, jusqu’à engager un mouvement mélancolique d’auto-accusation et d’effacement des différences. Elle a un sens fort qui condense la blessure narcissique, l’insatisfaction, la trahison que constitue la découverte de la sexualité maternelle et le refus de donner le pénis à la fille. Catherine Chabert lui attribue un « rôle décisif » (Chabert SR, p. 305). Elle développe l’évolution de la conception de la déception chez Freud : œdipienne sous le primat du principe de plaisir, puis liée à l’idéal et au narcissisme, enfin en lien avec la pulsion de mort et le besoin de punition. « On pourrait admettre que l’idéal et la déception ont en commun de s’attacher aussi bien aux destins du moi qu’à ceux de l’objet » (Chabert SR, p. 303).

Idéalisation et déception participent à toute la cure, selon Catherine Chabert. Elle reprend avec Évelyne Chauvet l’écart entre objet trouvé, objet perdu et objet retrouvé, pour évoquer l’incarnation transférentielle de la déception à partir de la différence. Pour Évelyne Chauvet, l’espoir transférentiel d’annuler cet écart impose de travailler la différence entre l’analyste en personne et l’analyste en fonction. Ce travail de séparation peut amener à investir la vie psychique, la trace, le rêve et érotiser les différences. La dédifférenciation moi/objet risque de « nier la séparation au prix de la destruction » (Chabert SR, p. 140) en retournant la haine en auto-accusation ; elle se rapproche alors du triomphe maniaque montrant le « soubassement maniaque de la mélancolie » (Chabert SR, p. 66).

Entre idéalisation, déception et désir, la place de l’objet est au cœur des développements d’André Beetschen. Il note le poids que Catherine Chabert donne à l’idéalisation de l’amour maternel absolu, ce qu’elle reconnaît tout en insistant sur la place du père et de son amour, comme refuge et frein à la dérive mélancolique ; le titre « la jeune fille et le psychanalyste » (Chabert, 2015b) fait espérer que rencontrer « la » psychanalyste ouvre au lien avec « le » psychanalyste. La déception peut engager un mouvement mélancolique, parfois requis dans la cure, mais aussi le détournement des filles vers le père. André Beetschen pose la question de l’écart entre le renoncement aux objets et le renoncement à la satisfaction : dans « l’amour maniaque », le renoncement pulsionnel échoue, la culpabilité est refusée, la multiplication des objets triomphe de la perte. L’impossible renoncement est l’échec d’un surmoi protecteur (présent dans la phrase « maintenant il faut se quitter », Chabert 2017) ; le tyrannique « surmoi au féminin » fait équivaloir renoncement et auto-destruction et interroge sur les destins différents des vœux de mort des filles adressés à un objet narcissiquement investi, et de ceux des garçons. Catherine Chabert poursuit ces réflexions sur le surmoi par le rôle de la pulsion de mort dans sa genèse, qu’il soit héritier des déceptions œdipiennes ou de la culpabilité tyrannique du féminin mélancolique (qui peut aussi concerner les hommes).

La douleur et l’attente

Catherine Chabert fait de la possibilité de se séparer un but de l’analyse. La perte et la douleur qui l’accompagne provoquent une excitation massive qui peut chercher à se calmer par la douleur physique ou l’investissement masochique du manque. La séparation, la douleur et leur place dans la cure traversent l’ouvrage, spécialement les textes de Leopoldo Bleger, d’Évelyne Chauvet, et de Catherine Chabert.

L’analyse se finit quand « l’analyste et le patient ne se rencontrent plus » (Freud 1937c/2010) : il s’agit de se quitterSe séparer, en revanche, est un travail et suppose une capacité à quitter et à être quitté, voie active et voie passive, à laquelle s’intéresse Évelyne Chauvet ; dans le jeu du fort-da, l’absence passivement subie est retournée en activité. Toute séparation, toute analyse dans ses moments mélancoliques, confronte à la nécessité d’un travail de deuil avec une dimension narcissique de la perte. Entre se quitter et se séparer : la douleur.

La douleur est pour Catherine Chabert aussi fondatrice de la vie psychique que la satisfaction et peut avoir une valeur positive. Ce caractère fondateur la place au cœur du Soi, comme représentant du vivant : « souffrir, c’est vivre » (Chabert SR, p. 135). La réflexion sur la douleur est indissociable de celle sur le transfert et le contre-transfert. Dans la cure, la douleur ne s’interprète pas, elle se vit, en présence de l’analyste. La capacité de l’analyste à souffrir, sa présence « en chair et en psyché », est essentielle, comme celle de Freud dans le jeu du fort-da. Même si elle répète « une non-rencontre » (Chabert SR, p. 147), la douleur en présence peut être à la source du sentiment de la continuité d’exister, de l’espace transitionnel et de l’objet, « un objet à faire souffrir » (Chabert SR, p. 135-136). Faire souffrir est en deçà du sadisme et du plaisir, comme la douleur est en deçà du masochisme. Il s’agit de l’utilisation de l’objet au sens de Winnicott, d’un objet détruit qui est toujours là. La douleur de transfert peut alors devenir souffrance, expérience impliquant un objet : « La douleur concerne prioritairement le narcissisme et la souffrance, la prise en compte de l’objet » (Chabert SR, p. 136), le masochisme concerne sa prise en compte impliquant un plaisir. Bernard de La Gorce souligne que l’indifférence tout comme la cruauté, certaines passions et la douleur n’impliquent ni objet ni plaisir à souffrir ou à faire souffrir au contraire de la haine et du sadisme. Le masochisme, souligne André Beetschen, constitue en la sexualisant une « érotique de la mélancolie » (Beetschen SR, p. 278).

« Croire au transfert » (Chabert 2015), à son déploiement, à sa fécondité, permet d’éviter la précipitation. L’importance de l’attente, le risque de l’urgence, en particulier face à la douleur du patient, traversent le livre. Évelyne Chauvet souligne qu’il faut accepter la temporalité pour dire « maintenant il faut se quitter » (Chabert, 2017), donc pouvoir différer ; pour attendre, tolérer la passivité et la séparation, il faut disposer d’un noyau de masochisme érogène bien constitué. La capacité de l’analyste à laisser se déployer les moments mélancoliques et la douleur de transfert est indissociable de son propre masochisme, en appui sur son investissement de la méthode. L’attente et le transfert, même s’il semble neutralisé l’engagent profondément.

La pulsion de mort et le collectif

Jacques André remarque que les premières sépultures sont concomitantes de l’apparition du langage : aux plans collectif et individuel, faut-il investir de libido la trace de l’absence pour parler et enterrer ? Si la douleur déborde la capacité d’élaboration, la destructivité brute peut s’attaquer au moi ou à l’objet.

Si, comme Catherine Chabert, on définit la pulsion de mort comme force de déliaison, elle n’est pas assimilable à la destructivité et peut « s’avérer utile, voire bénéfique » (Chabert SR, p. 212), pour tempérer la tendance à l’unification totalisante d’Éros, œuvrer pour la reconnaissance des différences et s’opposer à l’idéalisation sur le plan individuel transférentiel ou collectif.

Dans le prolongement de ses travaux sur le nazisme, Laurence Kahn interroge l’analogue collectif du traitement de la perte, de la manie, de l’identification. Elle met immédiatement en garde contre une recherche trop claire, totalisante, des causes qui serait du côté (maniaque ?) de « l’excitation de la pensée » (Kahn SR, p. 190) cherchant à maîtriser la réalité (historique) qui suscite l’effroi… Cette causalité totalitaire caractérise le nazisme. Comment distinguer des instances analogues à celles de la topique individuelle permettant d’imaginer la perte et ses destins ? Cela suppose un sujet divisé. Or le peuple nazi est absolument Un, exactement identifié à son histoire, sa biologie et étant à lui-même son propre idéal. Cela fait écho au caractère bénéfique de la pulsion de mort quand elle met un frein à l’excitation massive ou à l’emprise extrême. La haine individuelle qui d’ordinaire menace le groupe devient haine de l’étranger et consolide une masse indifférenciée qui partage des crimes et des idéaux dans la promesse d’une solidarité absolue entre auto-conservation (espace vital), corps ou biologie, haine et idéal. Cela permet d’interroger les notions de sublimation et d’idéalisation, le statut de l’incarnation et la conception de l’art noué, voire identique à la politique. Catherine Chabert répond en évoquant le collectif d’abord par le biais de l’intime : la littérature ou le transfert. Face à l’effroi et à l’impuissance, elle retient le sentiment d’imposture, le risque de « donner du sens trop tôt, trop vite, aux événements traumatiques […] pour fermer la plaie » (Chabert SR, p. 233), de succomber aux attraits narcissiques de son propre fonctionnement dans une exaltation maniaque, faisant écho à la pensée excitée. L’horreur collective crée une urgence à répondre qui met à mal l’attente. Catherine Chabert souligne dans le nazisme l’idéalisation de la haine et distingue soigneusement l’instance Idéale, le contenu des idéaux et le processus d’idéalisation. Le lien de l’Idéal aux pulsions de mort est complexe : en clivant un Bien d’un Mal il en dépend, mais s’il prend en masse, il lui manque le côté « anarchiste » de la pulsion de mort. Cela peut renvoyer à la discussion de l’identification maniaque comme forme de totalitarisme.

Lire relire écrire et ré-écrire

L’écriture de Catherine Chabert, son charme, sa place dans le métier d’analyste ont retenu plusieurs auteurs. « Écrire l’analyse est une forme de duplication du transfert », elle manifeste le « rapport de l’analyste à l’analyse », le transfert sur l’analyse (Neau et Louët SR, p. 246-247).

Vincent Vivès et Paul Denis s’appuient sur Flaubert et la passion de Catherine Chabert pour la littérature. Paul Denis et Catherine Chabert travaillent à partir de ce que suscite le héros, un « mouvement d’humeur » pour l’un, un « faible » pour l’autre, faisant du roman une expérience clinique partageable (Denis SR, p. 40 ; Chabert SR, p. 59). Par opposition à un transfert trop présent, la littérature est une expérience « transitionnelle » (Neau et Cohen de Lara SR, p. 16). Lire, c’est aussi relire, et débattre avec ses auteurs favoris, Freud, bien sûr, mais aussi Winnicott, Anzieu, Wildöcher et Pontalis que Bernard de La Gorce, André Beetschen et Leopoldo Bleger font intervenir dans leur texte.

L’écriture, voire la ré-écriture du même cas, est un effet de la force d’attraction du transfert et du contre-transfert dans les cures qui mobilisent chez l’analyste sa propre auto-destructivité et sa haine « jusqu’à le priver d’une solution masochiste ». Il s’agit de « retrouver sa voix et le plaisir à penser le patient avec et sans lui, contre lui » (Chiantaretto SR, p. 257-258). Catherine Chabert (SR, p. 127) se penche sur cette répétition : est-ce « répéter ou revenir vers » ? Comme dans le jeu et le transfert, la répétition porte l’espoir d’un recommencement, vers le plaisir à répéter plutôt que vers la compulsion de répétition. Le désir d’écrire s’inscrit pour Catherine Chabert dans le transfert pour se dégager du huis clos, du risque de dérive mortifère de l’analyse et de l’analyste, et trouver une relance libidinale par la curiosité. Il s’agit de se garder de croire en une causalité unique (qu’elle se trouve dans le traumatisme externe ou dans le lien à la mère des premiers temps comme origine de l’idéal et de la déception). La nécessité d’écrire va donc de pair avec « la bataille pour le père […] pour le havre qu’il peut offrir, pour l’idéal qu’il peut incarner, un idéal davantage marqué d’ambivalence » (Chabert SR, p. 304). C’est ce que suggère André Beetschen en évoquant l’idéalisation maternelle immédiatement après l’écriture analytique. La complexité métapsychologique est cet appui essentiel ; c’est un objet d’amour et de transfert, profondément impliqué dans le contre-transfert, source d’un intense plaisir et d’un espoir de redécouverte de certains aspects du transfert ; c’est l’outil du dégagement, et son but. Nouvel objet et nouveau but, l’écriture engage-t-elle la sublimation d’une part de l’énergie pulsionnelle du transfert ?

Comme le transfert, l’écriture est indissociable d’une adresse : « j’écris aux autres » (Chabert SR, p. 296). En reprenant l’utilisation de l’objet, Catherine Chabert, articule l’écriture de cas à la destruction de l’objet (et la haine de contre-transfert ?) et sa rencontre. Écrire creuse après-coup un espace entre la réalité trop réelle du transfert et la sorcière métapsychologie, entre le fantasme du patient ou de l’analyste et la rigueur métapsychologique, entre confiance envers le transfert et angoisse, entre patient, lecture et lecteur, entre plaisir et déplaisir, entre amour de la psychanalyse et haine.

Conclusion

Les multiples échos entre les discussions et les contributions montrent si c’était nécessaire la cohérence des travaux de Catherine Chabert, mais aussi leur fécondité dont chaque auteur se saisit à sa façon. Chaque lecteur est amené à penser à ses propres références théoriques et à ses propres patients, et ainsi à renouveler le fait de « croire au transfert » (Chabert, 2015), et à l’attente de l’analyste, entre espérances et déceptions. Lire et relire ce livre permet de se rencontrer soi-même comme analyste et d’écouter les patients autrement.

Références bibliographiques

Chabert C (2003). Féminin mélancolique. Paris, Puf.
Chabert C. (2015). Croire au transfert. Annuel de l’APF : 15-32.
Chabert C. (2015b). La jeune fille et le psychanalyste. Paris, Puf.
Chabert C (2017). Maintenant, il faut se quitter…. Paris, Puf.
Chabert C. (2023). Se retrouverRencontres avec Jacques André, Patrick Autréaux, André Beetschen, Leopoldo Bleger, Évelyne Chauvet, Jean-François Chiantaretto, Bernard de La Gorce, Paul Denis, Laurence Kahn, Sylvain Missonnier et Vincent Vivès. Coordonné par F. Neau, avec A. Cohen de Lara, E. Louët, C. Matha et B. Verdon. Paris, Puf.
Freud S. (1937c/2010). Analyse finie et analyse infinie. OCF.P, XX : 13-55. Paris, Puf.

[1] Catherine Chabert (coordonné par Françoise Neau, avec Aline Cohen de Lara, Estelle Louët, Catherine Matha et Benoît Verdon). Se retrouver. Rencontres avec Jacques André, Patrick Autréaux, André Beetschen, Leopoldo Bleger, Évelyne Chauvet, Jean-François Chiantaretto, Bernard de La Gorce, Paul Denis, Laurence Kahn, Sylvain Missonnier et Vincent Vivès, Paris, Puf, 2023.

Recension

Dinah Rosenberg est psychanalyste, membre de la SPP.